ÉTAT D'ESPRIT

RENCONTRE AVEC JULIEN GONZALEZ-ALONSO, ÉDITEUR

Comment devient-on éditeur de livres d’art ?

Être éditeur à l’heure du numérique peut paraître anachronique et pourtant… on n’a jamais publié autant de beaux livres qu’aujourd’hui et surtout à des tarifs de plus en plus attractifs. Internet a bouleversé notre façon de consommer la culture, mais le livre reste l’outil idéal pour transmettre les idées, pour sublimer les réalisations et pour ancrer notre passage.​

Ma vocation d’éditeur est fortuite. Après avoir été le directeur d’une grande maison de vente d’art contemporain à Paris, j’ai ressenti le besoin de me mettre au service de la création contemporaine, de sortir de la frénésie du marché de l’art. J’avais à cœur d’être un acteur de la création en accompagnant des auteurs, des artistes, des institutions.

J’aime les valeurs du livre : la transmission, le partage, la générosité, la mémoire et l’éternité.

Être éditeur :

  • C’est savoir prendre le temps de faire,

  • C’est se donner les moyens financiers d’avoir une véritable ligne éditoriale pour donner visibilité et crédibilité à ses publications. 

Qu’est-ce qu’un beau livre selon vous ?

Un beau livre est avant tout le fruit d’un travail d’équipe, qui mobilise de nombreux intervenants : artistes, auteurs, traducteurs, correcteurs, directeurs artistiques, photographes, graphistes, imprimeurs et éditeur. La symbiose de toutes ces compétences permet sa réalisation.
Il n’y a que le livre qui offre une gamme aussi riche d’inventivité. Chaque année, le prix du plus beau livre suisse est décerné à des éditeurs qui ne cessent jamais de nous surprendre.
Tout cela a bien sûr un coût, le budget de réalisation d’un ouvrage reste significatif. Mais l’évolution technologique d’impression nous permet d’optimiser sa faisabilité pour au final l’offrir à un tarif accessible.
Existe-t-il un meilleur médium de communication qu’un beau livre ? Les grands groupes n’hésitent plus à investir ou à apporter leur soutien pour communiquer en s’associant à la réalisation d’un beau livre.

Dans quelles circonstances avez-vous croisé la route des Éditions du Griffon ?

La vie nous réserve de belles surprises et de belles rencontres. C’est d’ailleurs tout son sens. Tout d’abord, je dois dire que durant ma jeunesse, les Éditions du Griffon m’ont permis de découvrir de nombreux artistes et auteurs. Certains ouvrages ont toujours fait partie de ma bibliothèque. C’est en 2010 que j’ai rencontré, par l’intermédiaire d’un ami libraire allemand, la fille du fondateur des Éditions du Griffon. Colette Joray est tout simplement admirable de dévotion et elle a su me transmettre sa passion du Griffon. Elle est probablement notre meilleure ambassadrice et elle a changé ma vie.
L’entreprise familiale était en sommeil depuis la mort de son fondateur en 1996. Cependant, tout l’outil industriel était là, à Neuchâtel. Bien que pendant quinze ans il n’y ait plus eu de nouvelles publications, les Éditions du Griffon restent une marque qui bénéficie toujours d’une grande notoriété internationale.
Depuis 2013, j’ai remis en place le réseau de distribution et je m’attache à relancer ce fleuron de l’édition en Suisse, voire en Europe.

Comment l’histoire des Éditions du Griffon est-elle intimement liée à Neuchâtel ?

L’histoire des Éditions du Griffon est tout d’abord profondément attachée à l’histoire de l’édition en Suisse. Il n’y a pas meilleur terreau que la Suisse pour faire des livres !
J’aime à rappeler que l’édition en Suisse est bien plus ancienne que l’industrie horlogère : dès 1481, à Rougemont dans le canton de Vaud. Depuis, les éditeurs et imprimeurs suisses n’ont jamais cessé de rayonner à travers le monde.
Mais, l’apogée des beaux livres en Suisse date de l’après-guerre. C’est à cette époque que sont apparus de grands éditeurs en Suisse de beaux livres : Albert Skira, Jean Hirschen et bien sûr Marcel Joray pour les Éditions du Griffon à Neuchâtel.
Cet âge d’or est d’ailleurs visible sur l’Esplanade du Mont-Blanc face à la place Pury, à Neuchâtel, qu’ornent de formidables sculptures offertes à la ville par les artistes du Griffon, aujourd’hui mondialement reconnus.​